La vengeance des mères, Jim Fergus

La vengeance des mères, Jim Fergus, le Cherche-Midi, 2016, 386 pages.
traduit de l’anglais(E-U) par Jean-Luc Piningre.

Nous avons tous des sujets fétiches dans nos lectures, des thèmes ou des topos qui reviennent régulièrement…Pour ma part, je me tourne souvent vers tout ceux qui a traits aux indiens. Je suis fascinée par ce peuple, leur façon de vivre et leurs croyances, que je partage un peu. J’aime apprendre leur histoire, même si cela à tendance à m’emporter et à me désoler de ce triste gachi… Alors ce livre là, non content d’éclairer un laps de l’histoire, exprime très bien toute la souffrance qu’on vécu les indiens lorsque les colons ont volé leurs terres.

Il Afficher l'image d'origines’agit ici de la suite de Milles Femmes Blanches, parue en 2000 qui raconte, en 1875, l’accord passé entre un chef indien et le président Grant : dans le but de maintenir la paix et favoriser l’intégration, cents femmes blanches sont échangées contre cents chevaux, pour devenir femmes et mères de cheyennes.
Je n’ai pas lu ce premier tome, mais cela ne gène en rien la lecture du deuxième. En fait cette fois nous avons la voix de deux de ces cents femmes qui ont survécu après que les colons n’aient pas respecté le traité en massacrant tout un village Cheyenne, blanc et enfants compris. Deux femmes, mais surtout deux mères qui ont perdu leurs petites filles, révoltées contre les hommes. Leur mari indiens, parce qu’ils ont ramené des mains de bébé coupé avant d’être tué à leur tour ; les blancs parce qu’ils ne respectent rien et ont massacré tout ce qu’elles avaient de plus cher. Elles vont alors  écrire, leur histoire, leur  tristesse et leur désir de vengeance. D’abord armé de crayon et de papier, elle envisage d’écrire leur histoire par les armes, aux côtés du peuple qui est maintenu devenu le leur.
Dans leur combat elles seront rejointes par une autre bande de femmes blanches, envoyé par erreur et trop tard par le même programme « d’intégration ». C’est aussi leur histoire à elles qu’on suit, des filles qui ont choisi de s’engager parce qu’elles n’avaient plus rien à perdre ou quelque chose à fuir, des cornes vertes dans ce milieu sauvage mais qui ne se démonteront pas facilement.

L’idée de l’auteur était d’écrire comme s’il s’agissait des carnets tenus par ces femmes et retrouvés bien plus tard par un journaliste. Ce choix permet de nous plonger avec facilité dans l’histoire, dans l’ambiance et surtout de partager plus étroitement les sentiments de ces apprentis écrivaines qui osent dévoiler beaucoup d’elles dans ce qui leur sert de journal intime. Aussi le langage, l’écriture est plus rudimentaire. Ces femmes sont censés ne pas ou peu être éduqué et on ressent leur franc parler dans les lignes. Il y a un vocabulaire et un ton très western qui me plait et me donnait a voir des Calamity Jane furieuses.
Et l’histoire, bien que tragique et révoltante, est aussi emprunte de beauté, dans cet univers sauvage et mystique qu’est celui des indiens.
Je ne peux que vous inviter à lire ce roman porté par plusieurs voix en colère, souvent, mais aussi pleine d’espoir, de joie, d’amour.

« Bon dieu, mais qu’avons nous fait à ce peuple ? »

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Popa Singer, René Depestre

 

Popa Singer, René Depestre, Zulma, 2016, 154 pages.

Un petit livre étonnant, déroutant. J’apprécie beaucoup les éditions Zulma parce qu’elles donnent à lire une littérature différente de mes habitudes, notamment par le penchant littérature étrangère.

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Cette fois ci nous sommes plongé en Haïti, en 1958, que nous découvrons dans un voyage linguistique et une ambiance de réel-merveilleux haïtien. Largement autobiographique, l’auteur nous livre un pan noir de l’histoire de son pays d’origine : la dictature de Duvalier, aussi nommé Papa Doc. Entre folie et tuerie, ce dernier veut éradiquer la race blanche et mulâtre de l’île, pour la dominance des noirs. Jacmel, grand poète, est un opposant de ce régime, accompagné de sa famille et surtout de sa mère Popa Singer. Porté par des visions propre aux mères, une utopie infaillible et une machine à coudre, elle tentera de résister à sa manière à cette dictature qui déjà éparpille ses enfants loin de son foyer.
On rentre dans le roman par un prologue poétique annonçant le retour au pays de Jacmel, par une écriture et un vocabulaire déroutant. Si la suite est plus romancée, « narrée », cette écriture peu commune continue à nous transporter. L’auteur maitrise la langue avec volupté, jusqu’à la faire virevolter entre les pages. Dans un mélange parfaitement étudié de français et de vocabulaire, mythe et style propre à Haïti. Ce qui explique peut être l’importance des jeux de mots et une écriture très peu ponctuée, avec de longues phrases.Lire la suite »

Zoo City, Lauren Beukes

Zoo City, Lauren Beukes, Pocket, 2016, 393 pages.
traduit de l’anglais par Laurent Philibert-Caillat.

Lauren Beukes est une auteure née à Johannesburg, en Afrique du Sud. C’est surement pour cela que je retrouve dans ce roman ce côté « littérature africaine » que j’ai du mal à définir mais que j’avais découverte en partie avec le roman Tram 83 dont je vous avais fait la critique. C’est ce je ne sais quoi de cru et à la fois attendrissant, de violent et attirant. Ce langage particulier et ces milieux un peu hostiles, entre drogues, meurtres et prostitutions. Bref, une littérature qui change un peu de mes habitudes mais que j’apprécie.

Zoo City m’a attiré par son titre et son sous titre accrocheur  « Ici, chacun porte le fardeau vivant de sa culpabilité ». Roman de science-fiction à la quatrième de couverture alléchante : un monde où les personnes coupables de meurtres deviennent des « animalés ». C’est à dire se voient attribuer un animal dont on ne peut se débarrasser ni trop s’ezoo_city_2010_uk_edition_cover_-_fair_use_claimedn éloigner (sous peine de ressentir une sensation très douloureuse). Surtout, si l’animal meurt, son propriétaire aussi, attrapé par le « contre-courant ». Une sorte d’ombre, un souffle froid qui n’est jamais bien décrit dans le livre et que j’ai eu du mal à saisir. Les animaux sont donc ce fardeau vivant, mais deviennent aussi une part d’espoir et de soutien pour son propriétaire. Les « zoos » comme ils peuvent aussi être nommés, vivent en marge de la société, dans des zones délabrées, et son pour la plus part junky (ou sevré) et dans des affaires louches.
Il y’a de la magie aussi, qui vient arpentée ce monde pourtant très moderne, en plein Johannesburg. Des pouvoirs, ou des sortes de dons que certaines personnes ont. C’est le cas de Zinzi, la protagoniste, qui se trimballe un paresseux depuis la mort de son frère. Lire la suite »

D’après une histoire vraie, Delphine De Vigan

D’après une histoire vraie, Delphine De Vigan, JC Lattès, 2015, 479 pages.

Ce roman est le dernier de Delphine de Vigan, paru à l’occasion de la rentrée littéraire de septembre. Il est une suite indirecte, une continuité ou bien une réponse à son avant dernier : Rien ne s’oppose à la nuit dont je vous avais fait une critique ici.
En effet, l’auteure va nous raconter comment  elle à vécu – presque survécu – à l’écho de ce livre, son ampleur et son succès inestimé. Comment, ou plutôt qu’est ce qu’on écrit après ça, après s’être dévoilée de la sorte. Elle va aussi raconter l’envers du décors, les messages anonymes de haine, de menaces, supposément d’un membre de sa famille qui n’aurait pas apprécier cet étalage public, critiquant la véracité des dires et la folie de de Vigan. S’ensuit la dépression, l’impossibilité d’écrire autre chose, d’écrire tout court, pas même une ligne, pas même un mail. Et la rencontre incongrue avec L., comment celle-ci l’a soutenu avant de prendre une totale emprise sur l’auteure. La couper du monde et lui faire écrire (plus précisément écrire à sa place) presque ce qu’elle veut.
L’écriture est toujours semblable au style de l’auteure, mais sensiblement différente. Peut être plus froide, mature mais que j’ai tout autant apprécier que dans ses autres romans.Lire la suite »

Atelier d’écriture – Ma ville invisible

Cela fait maintenant deux semaines que j’ai effectué ma rentrée en deuxième année de Lettres Modernes. Et déjà une pile de livres à lire qui s’entassent. Généralement j’aime les classiques, je découvre de belles surprises oubliées, mais là il s’agit de roman en ancien français et ce n’est pas toujours une lecture commode. D’où mon probable manque de temps à venir pour vous présenter prochainement des critiques de lectures personnelles.
N’empêche, je ne me plains pas au contraire, car j’ai la possibilité d’étudier dans un domaine qui me passionne et me correspond totalement. J’ai d’ailleurs en plus la chance d’avoir pu choisir un cours particulier – et particulièrement intéressant:

L’Atelier d’écriture du mercredi.
Un foyer et des canapés. Du thé, un brin de musique au loin et de la chaleur humaine. Une trentaine de visages curieux, impatients, passionnés et doués! Un enseignant qui n’en ai pas un, qui plane et fait écrire.Lire la suite »

Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan

Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan, JCLattès, 2011.

Delphine de Vigan est une auteure que j’apprécie beaucoup et qui me touche réellement. Ses textes ont toujours su trouver écho en moi et me faire ressentir un tas d’émotions, exactement ce que j’attends d’un roman. Ravir mes papilles littéraires.
Rien ne s’oppose à la nuit est sensiblement différent des autres, peut être parce qu’il s’agit d’une autobiographie et donc d’un écrit bien plus personnel. J’ai beaucoup aimé le fait que l’auteure se confie aussi sur son écriture en elle même, son travail d’écrivain, comme des notes mélangées au récit, et le fait qu’on se sente beaucoup plus proche d’elle. De Vigan nous raconte ici une histoire dure, dédiée à sa mère, son enfance, sans fausses notes ni appel au mélodrame.

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Le petit bazard de la grande bêtise. Théâtre #1

Depuis le lycée, et encore aujourd’hui à la fac, j’ai une option d’histoire de l’art qui me plait énormément et m’apporte beaucoup au niveau culturel. J’ai pris l’habitude de tenir un journal de bord de ces sorties culturelles que j’aimerai partager avec vous dans une nouvelle catégorie d’articles, que j’espère réussir à entretenir assez régulièrement.


Je suis allé voir une pièce de théâtre dans un petit village près de chez moi, qui n’était donc pas très connue. La célébrité ne joue en rien dans la qualité d’une œuvre et j’ai étais agréablement surprise par cette pièce originale et engagée.

Le petit bazar de la grande bêtise, conception et mise en scène par Josiane Fritz Pantel

Je précise mise en scène et conception, et non pas réalisation car il s’agit en fait d’une pièce un peu particulière. : elle est composée de plusieurs textes d’auteurs divers, assemblés, articulés les uns avec les autres par JFP. C’est intéressant de voir que la création peut avoirLire la suite »